Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/206

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noble femme, de me payer si loyalement votre dette de reconnaissance.

Il baisa la lettre, et, malgré la recommandation expresse du matelot, il la serra précieusement dans son portefeuille. Il avait deux jours encore à attendre.

Deux jours après lesquels il serait vraisemblablement, sauvé ou mort.

Les quarante huit-heures dont se composaient ces deux jours semblèrent à Julian durer un siècle ; il croyait ne les voir jamais finir.

Le jeune homme était en proie à une impatience fébrile, il ne tenait pas en place ; il était agité de frissons nerveux et il lui fallait toute la force de sa volonté pour qu’il réussît à cacher aux yeux de tous les divers sentiments qui le maîtrisaient malgré lui.

Enfin, l’aube du quatrième jour parut.

Lorsqu’il lui fut permis de monter sur le pont, les regards de Julian se dirigèrent aussitôt vers la mer.

Ce mouvement involontaire passa inaperçu, et cela d’autant plus facilement, que les regards des passagers et de l’équipage étaient fixés sur un brick d’un assez faible tonnage, dont la voile de perroquet venait d’être déchirée et enlevée par la brise, très forte en ce moment, et que les matelots de ce bâtiment étaient en train de déverguer et de remplacer par une autre voile de toile plus grossière et d’une teinte presque rouge, parce que, sans doute, ils n’en possédaient pas d’autre.

— C’est un faux coup de barre, disaient les matelots entre eux.

— À quelle nation appartient-il ? demanda un transporté.

— Il n’a pas de pavillon, répondit un quartier-maître ; mais ce doit être un anglais ou un américain.

En effet, presque aussitôt le brick, répondant sans doute à l’appel de la frégate, dont le pavillon venait d’être hissé, arbora le pavillon anglais à sa corne.

Sur un signal de la frégate, le brick mit sur le mât et une embarcation fut expédiée à son bord.