Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/207

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L’embarcation revint au bout de deux heures, le brick orienta ses voiles et reprit sa route.

Ce brick se nommait la Leona, de Southampton.

Il jaugeait deux cents tonneaux, était chargé de quincaillerie, d’alcools et de cotonnades, pour Bahia.

Le brick et la frégate conservaient à peu près la même distance entre eux.

Cependant, vers le soir, le brick sembla se rapprocher presque insensiblement.

Du reste, la frégate, rassurée par la visite qu’elle lui avait faite et l’examen de ses papiers de bord, ne s’occupait plus de lui.

Vers six heures du soir, Julian se rapprocha de Bernardo, à qui, depuis la veille, il n’avait pas parlé.

Tout en se promenant avec lui sur l’avant, il entama la conversation en basque, langue que personne à bord ne comprenait :

— Écoute bien ce que je vais te dire, mon Bernardo, fit-il, et si étrange que te paraisse ce que tu entendras, ne laisse voir aucune émotion sur ton visage.

— Parle, mon Julian, répondit Bernardo, je serai de pierre.

— Ce brick qui navigue de conserve avec la frégate est là pour moi ; j’ai été averti par une lettre de sa présence aujourd’hui ; à sept heures et demie, ce soir, je me jetterai à la mer, une embarcation me recevra ; sais-tu nager ?

— Très peu, quoique j’aie fait un voyage à la pêche à la baleine ; pour dire la vérité, je puis nager peut-être pendant un quart-d’heure ; mais la mer est en ce moment bien grosse !

— Alors, dit Julian avec un soupir étouffé, je partirai seul.

— Non pas, dit-il vivement, je t’accompagnerai, je ne veux pas te quitter ; que deviendrai-je seul ici, je mourrai de désespoir ? je préfère me noyer tout de suite, en essayant de me sauver.

— Tu es bien résolu ?

— Oui.