Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/21

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Une embarcation, montée par deux hommes, dont l’un tenait le gouvernail, arrivait rapidement bien qu’elle remontât elle aussi le courant ; elle passa sans voir le léger canot, grâce à l’obscurité au milieu de laquelle il était perdu et le frôla presque au passage ; cette embarcation se dirigeait en ligne directe sur la maison hantée.

— Avez-vous vu ? demanda Julian à son père.

— Oui, répondit celui-ci avec un soupir étouffé, l’homme placé au gouvernail m’a semblé avoir un masque sur le visage.

— Eh bien, père, mes pressentiments étaient-ils faux ?

— Hâtons-nous, fils ; hâtons-nous, un crime va se commettre dans cette maison maudite ; maintenant moi aussi, j’en ai la conviction.

Pendant que le père et le fils échangeaient entre eux ces quelques mots à voix basse, l’embarcation mystérieuse avait traversé la rivière ; Julian remonta quelques mètres plus haut, puis il traversa la Nivelle, lui aussi, et accosta au milieu d’un épais fourré de broussailles, où il cacha soigneusement le canot.

Les deux hommes débarquèrent alors et s’avancèrent avec une extrême précaution, les bras étendus, presque en tâtonnant, car l’obscurité était profonde sous le couvert.

La lumière avait disparu du jardin.

Mais à travers les fentes des volets de deux fenêtres fermées du rez-de-chaussée, on apercevait de longues raies de feu qui se reflétaient en rouge sur le sol du jardin.

Julian et son père, non plus maintenant excités par une curiosité banale, mais en proie à une vive émotion, se glissèrent, en redoublant de prudence et de précautions, par une brèche de la haie destinée à fermer la propriété, mais interrompue en maints endroits ; ils traversèrent le jardin à pas de loups, s’approchèrent des fenêtres et appliquèrent l’œil aux volets.

Voici quel spectacle s’offrit à leurs regards épouvantés.

C’était une salle de médiocre dimension, meublée seu-