Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/210

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— Courage ! lui cria Julian.

Bernardo redoubla d’efforts, il se tourna sur le dos et fit la planche.

Mais soudain un grand bruit se fit entendre.

La frégate presque perdue dans les ténèbres s’estompa de nouveau en une silhouette sombre sur le ciel un peu éclairci par l’approche du lever de la lune.

Il était évident qu’on s’était aperçu à bord de la Bellone de la disparition des deux transportés.

On les cherchait.

Bernardo reprit la nage.

— Approchons-nous ? demanda le jeune homme d’une voix haletante.

— Je l’ignore, répondit Julian ; je ne vois rien encore ; courage, mon Bernardo, pose ta main sur mon épaule, cela te reposera.

Le jeune homme essaya d’obéir, mais il ne réussit pas.

Julian plongea, se glissa sous le corps de son ami, le souleva et posa lui-même la main inerte du jeune homme sur son épaule.

— Laisse-toi conduire par moi, dit Julian ; je suis fort, ne crains pas de t’appuyer ; je viens de voir luire la lumière d’un fanal ; quelques instants encore, et nous serons sauvés.

— Il est trop tard ! murmura Bernardo d’une voix étouffée ; mes forces m’abandonnent, et je n’y vois plus ; on nous cherche, la frégate s’approche ; abandonne-moi, sauve-toi, laisse-moi mourir.

— J’ai juré de vivre ou de mourir avec toi, dit Julian avec âme ; ce serment, je le tiendrai !

Bernardo ne répondit pas ; deux ou trois minutes s’écoulèrent.

D’un côté, la frégate revenait sur ses pas, embardant à droite et à gauche, à la recherche des fugitifs.

De l’autre, l’embarcation du brick s’avançait à force de rames, faisant luire à son arrière, comme une rayonnante étoile, la lueur brillante de son fanal.