Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/224

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Non, dit-il, il y a dans tout cela quelque chose que l’on ignore ; cette puissance n’est pas naturelle. Si fort que soit un homme, il n’en vaut pas quatre ; je l’ai vu combattre seul contre le double de ce nombre et s’en tirer sans une égratignure.

— Alors, dit Main-de-Fer en riant, ce diable d’homme doit être Satan en personne.

— Eh ! eh ! l’ennemi est bien fin ; dans les prairies nul ne sait jusqu’où va sa puissance, dit l’hôtelier en remplissant les verres.

— Qu’il soit ce qu’il voudra, diable ou non, si cet homme croise mon chemin, je verrai la couleur de son sang ou il verra celle du mien, je vous le promets, dit Cœur-Sombre.

— Ne faites pas cela, docteur, ceux qui lui ont cherché querelle s’en sont toujours mal trouvés.

— Comprenez-moi bien, Laframboise ; il ne s’agit pas ici de querelle, je ne chercherai pas cet homme, je ne le provoquerai pas ; mais, si le hasard nous place en face l’un de l’autre, l’un de nous restera couché sur le sol.

— Vous le haïssez donc ? Vous avez sans doute une vengeance à tirer de lui ?

— Moi ? pas le moins du monde ; je ne l’ai jamais vu je ne sais s’il est vieux ou jeune, grand ou petit, beau ou laid ; et tout cela, je vous l’avoue, m’inquiète fort peu.

— Mais alors, pardonnez-moi cette question, pourquoi voulez-vous le tuer, puisqu’il ne vous a rien fait et que jamais vous n’avez eu à vous plaindre de lui ?

— Alors que vous étiez chasseur, répondit Cœur-Sombre d’une voix profonde, vous avez eu souvent, n’est-ce pas, maille à partir avec des ours gris, des jaguars et même avec des loups rouges ?

— Certes, bien des fois ; grâce à Dieu, j’en ai tué quelques-uns, et bravement je m’en vante, quoique cela ne soit pas chose facile ; vous le savez aussi bien que moi, Cœur-Sombre.

— Parfaitement. Pourquoi les avez-vous tués ?

— Pourquoi je les ai tués ? fit-il avec surprise.