Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/236

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— Non ; deux ont été presque étranglés par les chiens, voilà tout.

— Bon. Je te donne ma parole de caballero — et tu sais que je n’y manque jamais, — que tu recevras 1, 000 dollars de rançon pour tes quatre prisonniers, que nous ne briserons rien chez toi, et que tout ce que tu nous serviras te sera intégralement payé. Ouvre donc ta porte sans plus hésiter.

— Puis-je compter sur votre promesse ?

— Tu as ma parole ! Seulement, fais retirer tes fils et tes voyageurs ; nous avons besoin d’être seuls et les maîtres dans ta grande salle, pendant le temps que nous resterons chez toi.

— J’ai déjà renvoyé mes fils et mes voyageurs, sauf deux qui désirent rester près de moi. Quant à mes chiens, ils ne me quittent jamais. J’ai confiance en vous. J’ouvrirai la porte à la condition que ces deux voyageurs resteront dans la salle et que vous vous comporterez comme des caballeros.

— Sois donc tranquille, niais ; ne nous laisse pas plus longtemps nous morfondre dehors ; ouvre au plus vite, et garde tes deux amis, si cela te convient ; il ne leur sera rien fait : c’est convenu.

— Très bien ! Ayez encore quelques minutes de patience : le temps seulement d’ouvrir la porte.

— Soit ! mais hâte-toi, nous sommes gelés !

Chose bizarre, le Mayor ; ce sombre scélérat, qui ne respectait rien, respectait sa parole ; dès qu’il l’avait donnée, il n’y avait plus rien à redouter de lui.

De tous les sentiments humains, sombrés les uns après les autres dans cette âme de boue, un seul avait surnagé, le respect de sa parole, respect qu’il exagérait et poussait jusqu’à ses dernières limites.

Et cela se comprend : ne se rattachant plus que par ce point seul à la société qui l’avait justement renié, il se parait de sa parole dont il avait fait une vertu, et en était fier aux yeux de tous.

Le Canadien savait tout cela.