Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/238

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croupis autour d’un immense feu qu’ils avaient allumé pour se réchauffer, ou occupés à donner la provende à leurs chevaux, tout en préparant à souper pour eux-mêmes.

Tous ces individus d’aspect farouche et repoussant, sur les traits desquels le mot potence était écrit très lisiblement, étaient armés jusqu’aux dents, et vêtus d’habits qui avaient dû, à une autre époque, être magnifiques, mais, maintenant, n’étaient plus que de lamentables guenilles, où les trous le disputaient aux taches.

Ce qui ne les empêchait pas de se redresser et de se draper fièrement dans leurs haillons, et de prendre des airs de capitans.

— Hé ! dit le Mayor en s’adressant au Canadien occupé à jeter d’énormes brassées de bois dans le feu, te défies-tu de moi, compadre ?

— Moi ? Pourquoi me demandez-vous cela, Mayor ?

— Ordinairement, tu as quatre rifles accrochés au manteau de ta cheminée, comment n’y sont-ils pas en ce moment ?

— Ah ! bon ! C’est cela qui vous inquiète ? fit-il en haussant légèrement les épaules, ne vous ai-je pas dit que mes enfants sont de retour à la maison ? Quand je leur ai donné l’ordre de se retirer, ils ont insisté pour emporter les rifles avec eux. Voulez-vous que je rappelle mes gars ? ajouta-t-il de l’air le plus naturel, mais avec une imperturbable effronterie.

— Non, dit le Mayor en s’asseyant près d’une table et jetant un regard inquisiteur autour de lui.

Le coup d’œil ne manquait pas de pittoresque.

Les quatre bandits faits prisonniers étaient garrottés et couchés sur une table.

Non loin d’eux, les deux chasseurs, toujours attablés, buvaient ou semblaient boire, sans paraître attacher la moindre attention à ce qui se passait autour d’eux.

Les bandits s’étaient assis autour des tables inoccupées, et buvaient à longs traits les liqueurs servies par l’hôtelier.