Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/241

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Le Mayor avait commis une lourde faute, en causant ainsi qu’il l’avait fait avec son complice, à haute voix, dans une langue qu’il supposait ignorée de tous ; deux hommes avaient entendu et compris tout ce qui s’était dit.

Ces deux hommes étaient les chasseurs.

Si, pendant qu’il causait avec son complice, le Mayor avait songé à jeter un regard du côté de ces deux hommes, il aurait remarqué l’expression étrange qui, à plusieurs reprises, avait contracté leurs traits caractérisés ; peut-être aurait-il regretté d’avoir parlé si franchement.

Cependant, Calaveras s’était acquitté de l’ordre qu’il avait reçu.

Quatre nouveaux personnages étroitement garrottés et conduits par cinq ou six bandits, venaient de faire leur entrée dans la salle de l’auberge.

Ces quatre personnages appartenaient à la race indienne pure ; il y avait un homme, une femme, une fillette de treize ans au plus, et un jeune homme de dix-huit.

Ils furent amenés en présence du Mayor, devant lequel ils s’arrêtèrent sans que leurs traits impassibles et d’un froid de marbre éprouvassent le plus léger frémissement.

L’homme avait quarante-cinq ou cinquante ans.

C’était un personnage de haute mine, fier, imposant et au regard de feu.

Une majesté suprême émanait de toute sa personne.

C’était, non pas un simple chef, mais un sachem, un sagamore.

Bien que son teint fût bruni par le soleil, la pluie et les intempéries des saisons, les parties de son corps préservées du contact immédiat de l’air étaient blanches, mais avaient cette teinte olivâtre particulière à la race espagnole des provinces méridionales.

Il en était de même pour les trois autres personnages.

Bien que la femme eût depuis quelques années dépassé la trentaine, cependant elle était encore très belle ; sa physionomie avait une grande expression de douceur.

Quant à la fillette, elle avait treize ans.