Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/257

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Felitz Oyandi était évanoui ; il gisait dans une mare de sang.

Le Canadien s’agenouilla, se pencha sur lui, l’examina attentivement, puis il se releva.

— Il a d’affreuses morsures, dit-il, mais elles sont plus douloureuses que véritablement dangereuses ; sa vie n’est pas en danger.

— Dieu soit loué ! murmura le chasseur, ainsi il en reviendra ?

— Oui, et promptement ; sauf le bras gauche, dont le poignet est horriblement mutilé, et qui est cassé en deux endroits, il sauvera ses membres.

— Mais le bras gauche ?

— Je crois que l’amputation sera nécessaire, dit le Canadien.

— Voyons un peu ? reprit le chasseur.

Il se pencha alors sur le blessé, qu’il examina à son tour avec la plus sérieuse attention.

— Eh bien ? lui demanda le Canadien, quand il se releva, qu’en pensez-vous, docteur ? Avais-je raison ?

— Oui, reprit le chasseur, seulement l’amputation n’est pas nécessaire, elle est indispensable, et doit être opérée séance tenante ; les os et les muscles sont broyés de telle sorte que la gangrène est à redouter, si l’on tarde à faire l’opération.

— Alors c’est un homme mort ? dit don Cristoval.

— Pourquoi cela ? demanda le chasseur, je suis médecin, je l’opérerai.

— Mais cet homme n’a reçu ces blessures qu’en essayant de vous assassiner ? s’écria don Pancho, songez-y, chasseur ?

Celui-ci sourit avec amertume.

— C’est vrai, dit-il ; mais qu’importe cela ? Jeune homme, souvenez-vous que l’exercice de la médecine est un sacerdoce, surtout dans une contrée comme celle où nous nous trouvons. Cet homme a voulu me tuer, dites-vous ; soit, moi je le guérirai ; nous nous vengerons chacun à notre manière.