Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/280

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De son côté Dardar avait aboyé à deux ou trois reprises, avec une intonation singulière, mais sans faire aucune démonstration hostile contre le cheval.

La fillette avait ouvert les yeux.

De grands yeux bleus couleur du ciel.

Mal éveillée encore, elle se frottait les yeux en bâillant, mais sans paraître effrayée le moins du monde.

— Que veux-tu ? ma bonne Jaguarita, dit-elle d’une voix douce et harmonieuse comme un chant d’oiseau. As-tu senti quelque ennemi ?

L’enfant s’était exprimée en langue espagnole, langue qu’Armand parlait fort bien et que sa mère lui avait apprise.

— Non, Senorita, répondit-il en adoucissant le timbre un peu mâle de sa voix. Je suis au contraire un ami, dont le plus vif désir est de vous être utile, si cela lui est possible.

— Oh ! s’écria-t-elle en bondissant sur ses pieds, un ami ! Enfin, je ne serai donc plus seule ! Dieu a eu pitié de moi !

— Cela doit être vrai, répondit aussitôt le jeune homme ; car je ne puis attribuer qu’à un miracle la façon dont, sans le savoir, je vous ai rencontrée. Ne vous effrayez donc pas, je vous en supplie, de me voir ainsi à l’improviste près de vous ?

— M’effrayer ! et pourquoi ? répondit-elle, et, caressant doucement le cheval : recule-toi, Jaguarita, dit-elle, tu vois bien que j’ai trouvé un ami.

Le cheval s’écarta doucement.

— Soyez le bienvenu, ami, dit la fillette, en s’approchant vivement du jeune homme et lui tendant la main. Oh ! je suis bien heureuse de vous avoir rencontré ; êtes-vous seul ici ?

— Non, j’ai ma mère et quelques amis. Ils sont campés à une lieue environ de l’endroit où nous sommes.

— Une mère, murmura la fillette avec tristesse et les yeux pleins de larmes, vous êtes heureux, ami, d’avoir une mère, moi je suis seule !