Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/316

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Charbonneau redoubla d’attention.

Plus les bisons se rapprochaient, plus ce qui se passait autour d’eux devenait clair pour le regard expérimenté du chasseur canadien.

Après quelques minutes d’un minutieux examen, il ne resta pas le plus léger doute dans son esprit.

Une troupe nombreuse de cavaliers indiens, cela était facile à reconnaître, galopait avec une rapidité extrême sur les flancs de la colonne.

Avec leurs longues lances, ils livraient un assaut désespéré aux bisons, dont on entendait les mugissements de terreur.

Les cavaliers étaient silencieux.

Ils bondissaient sur leurs coursiers, aussi indomptés qu’eux-mêmes, et redoublaient d’acharnement pour isoler de la masse de la colonne une vingtaine de magnifiques bisons dont ils prétendaient s’emparer.

Déjà même, ils avaient presque réussi dans cette audacieuse entreprise, lorsque tout à coup le cri perçant de l’épervier d’eau traversa l’espace.

Au même instant, les cavaliers indiens, sans plus songer aux bisons, se penchèrent sur le cou de leurs chevaux, piquèrent une pointe dans le désert, et commencèrent à fuir avec une rapidité extrême, en abandonnant leur gibier presque aux abois.

Les bisons, profitant de ce sursis, pour eux providentiel, reformèrent leur colonne, partirent dans la direction opposée et d’une course au moins aussi précipitée.

Les Indiens formaient une troupe compacte d’au moins trente ou quarante cavaliers.

C’étaient tous probablement des guerriers d’élite.

Charbonneau ne s’expliquait pas la terreur panique dont ils semblaient saisis, et la rapidité de leur fuite, lorsque la vérité lui fut subitement révélée.

Presque en face de l’accore, à une demie-lieue tout au plus, se trouvait une gorge étroite profondément encaissée.

Lit desséché de quelque rivière-torrent, tombant des