Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/322

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Restez donc près de moi ; laissons dormir nos amis ; c’est autant de gagné pour eux ; ils n’en seront que mieux préparés à se battre quand le moment sera venu.

— Vous croyez donc à une attaque prochaine ?

— Oui, et à une rude ; vous verrez, monsieur le comte. Supposez-vous donc que ces démons sont venus là tout exprès camper en face de nous pour nous faire des compliments et nous demander de nos nouvelles ? fit-il avec ironie.

— Non, je ne pousse pas la naïveté jusque-là, répondit le jeune homme un peu piqué.

— Donc, ils sont venus pour essayer de nous jouer un mauvais tour ; c’est à nous à déjouer leur projet ; et c’est ce à quoi nous mettrons tous nos soins. Mais la tâche sera rude, car nous avons affaire à forte partie… Avez-vous déjà assisté à quelque combat, monsieur le comte ?

— Jamais ! répondit franchement le jeune homme.

— Eh bien, je vous prédis que celui auquel vous allez assister bientôt sera un des plus beaux que vous verrez en toute votre vie ; je crois reconnaître le bandit que ces gredins ont pour chef, et, si je ne me trompe pas, il nous donnera du fil à retordre, comme on dit ; c’est un des plus forcenés scélérats que je connaisse ; et Dieu sait quelle riche collection de bandits on trouve dans les savanes !

— Qu’il soit ce qu’il voudra, peu m’importe ; je tâcherai de faire mon devoir, et de ne pas déshonorer le nom que j’ai l’honneur de porter.

— C’est parler en homme, monsieur le comte ; je suis certain qu’il faudra plutôt vous retenir que vous pousser. Mais, attendez donc, qu’est-ce donc que je vois là-bas ?

Il prit sa lunette et regarda.

Cinq points noirs apparaissaient à l’extrême limite de la ligne d’horizon.

— Bon ! grommela le Canadien, il va y avoir du nouveau.

Ces points noirs, d’abord presque imperceptibles, grandissaient rapidement.