Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/329

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n’auraient pas le temps de se garer dans l’élan impétueux d’une attaque.

Chacun était à son poste et disposé à bien faire.

La comtesse, éveillée ainsi qu’elle l’avait demandé, avait passé une sorte de revue de ses défenseurs en leur disant quelques-unes de ces paroles affectueusement touchantes, dont elle possédait si bien le secret.

Puis, accompagnée par sa camériste, et suivie de Dardar, elle s’était retirée sur l’arrière de l’esplanade, du côté de la rivière, poste que lui avait assigné le Canadien, auquel le commandement avait été dévolu à l’unanimité.

Charbonneau, après avoir donné quelques explications rapides à la comtesse, l’avait quittée en lui disant :

— Quand vous entendrez le cri de l’épervier d’eau, madame, pas avant ; et surtout que Dardar soit muet !

— Soyez tranquille, et bonne chance, avait répondu la comtesse en souriant.

Le Canadien s’était alors hâté de retourner aux retranchements.

Il était passé à travers l’abatis avec trois de ses compagnons, et tous quatre s’étaient embusqués à une dizaine de mètres en avant.

Cependant les éclaireurs expédiés par le chef des aventuriers étaient arrivés au galop au pied de la colline.

Ils avaient essayé de gravir la pente.

Mais le terrain, formé d’une terre grasse et argileuse, avait si bien été détrempé par la pluie, que les chevaux ne tenaient pas pied et menaçaient à chaque pas de s’abattre.

Les aventuriers furent contraints de mettre pied à terre et d’abandonner leurs chevaux.

Ils commencèrent à gravir la pente, en glissant, trébuchant et contraints, pour conserver leur équilibre, de s’appuyer sur leurs fusils.

Ils n’avançaient que lentement et difficilement, et toujours en pleine lumière ; il n’y avait ni un arbre, ni un buisson derrière lequel ils pussent s’abriter.