Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/33

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— Ne suis-je pas morte pour tous, hélas ! Et cet homme, ce bourreau, irai-je donc de nouveau me mettre entre ses mains ?

— Vous n’avez rien à redouter de votre mari, madame, quant à présent du moins.

— Comment ? Que voulez-vous dire, monsieur ? Je ne vous comprends pas ?

— Votre mari, paraît-il, est venu en France en secret ; il redoute surtout que sa présence soit connue ; le bâtiment qui l’a amené croise au large en attendant son retour ; voilà pourquoi, à peine son crime commis, s’est-il hâté de partir, parce qu’il doit être rendu à bord, à deux heures du matin au plus tard.

— Tout cela est vrai ? monsieur, pardonnez-moi cette insistance, vous en êtes bien sûr ?

— Je le lui ai entendu dire lui-même, madame ; il parlait de cette obligation à son matelot ; par conséquent, il n’avait aucune raison de mentir à cet homme, qui connaissait aussi bien que lui cette condition de départ ; j’ajouterai même, madame, pour lever tous vos doutes, un détail odieux que j’avais cru devoir vous taire.

— Oh ! parlez, parlez, monsieur ; de votre bouche, je puis tout entendre.

— Sachez donc, madame, que lorsque la fosse fut comblée sur vous, le matelot lui demanda s’il fallait piétiner la terre pour la tasser. Votre mari répondit ces paroles : « C’est inutile ; elle est garrottée. D’ailleurs le temps nous presse. » Ce à quoi le matelot répliqua : « C’est juste. Il est important que nul ne sache que vous êtes venu en France, et puis le bâtiment nous attendra au large jusqu’à deux heures du matin ; il faut donc nous hâter. »

— Oh ! je vous crois, je vous crois, monsieur, s’écria-t-elle toute frissonnante ; mais comment rentrer chez moi ?

— Comment êtes-vous sortie de votre maison ?

— Mon mari s’est introduit par une entrée secrète, et m’a enlevée ; personne ne m’a vue, toute ma maison me croit endormie dans ma chambre à coucher dont les verrous sont poussés à l’intérieur.