Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/344

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vous seul. Il fallait bien que je susse enfin ce que vous étiez devenu.

— Eh quoi ! vous, madame, une femme accoutumée à toutes vos aises, ignorante des dangers terribles auxquels vous alliez être exposée, vous si tranquille, si heureuse, entourée de tout ce que la richesse et le luxe peuvent donner pour rendre la vie douce et agréable, vous n’avez pas craint…

— D’abandonner tout cela pour me mettre à la recherche d’un ami, et accomplir un acte sacré de reconnaissance ! Non, monsieur, vous le voyez, je n’ai pas hésité ; je comprenais combien vous deviez souffrir ; je suis venue, confiante en Dieu, et me voilà !

— Oh ! madame, combien je suis coupable ! Comme vous devez me trouver petit et misérable auprès de vous ? J’ai douté de votre cœur !

— Le malheur rend souvent injuste, monsieur Julian ; je ne vous garderai pas rancune ; et la preuve, c’est que je veux vous rendre le bonheur.

— Oh ! madame, ne me dites pas cela, je vous croirais ; et vous le savez, le bonheur n’est plus fait pour moi !

— Vous êtes fou, mon ami ; qui vous empêche de me croire et d’avoir foi en moi : vous ai-je jamais trompé ?

— Non certes, madame, je l’avoue humblement ; mais ce que vous me laissez entrevoir est si beau !…

— La réalité, je l’espère, sera plus belle encore ; reprenez donc courage.

Le chasseur la regarda d’un air égaré, comme s’il devenait fou.

— Courage ! reprit-elle avec un délicieux sourire.

Et, s’adressant à son intendant :

— Jérôme ! cria-t-elle.

— Présent, madame la comtesse, à vos ordres, répondit l’ex-zouave en arrêtant son cheval et saluant sa maîtresse.

— Où nous conduisez-vous en ce moment ?

— Madame la comtesse, nos éclaireurs cherchent un gué. Nous allons traverser la rivière et nous rendre à l’hacienda del Paraiso — du Paradis.