Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/377

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Quelques arbres, dont les racines plongeaient dans le ruisseau, avaient échappé à l’incendie, causé par l’imprudence de quelque coureur des bois.

Ces arbres formaient un bosquet impénétrable aux rayons incandescents du soleil.

Ce fut sous cette ombre bienfaisante que se réfugièrent les chasseurs.

Leur repas fut bientôt préparé.

Il se composait de tocino, de charqué, de patates cuites sous la cendre, de fromage de chèvre et de quelques tortillas ou galettes de maïs.

Une gélinotte, tuée par Main-de-Fer la veille, fut plumée et grillée sur les charbons.

Ce repas somptueux pour des coureurs des bois était arrosé avec l’eau limpide du ruisseau, corrigée par quelques gouttes de vieille eau-de-vie de France.

Les chasseurs se mirent à table, c’est-à-dire qu’ils s’assirent en face l’un de l’autre, sur l’herbe, leurs provisions de bouche placées entre eux, sur de larges feuilles d’un bananier voisin, dont un des régimes dorés par le soleil devait servir de dessert.

Les deux amis mangèrent silencieusement, mais de bon appétit.

Les mets disparaissaient avec une rapidité singulière.

Au désert on ne mange pas pour savourer les mets et le plaisir de manger, mais pour se nourrir, ce qui n’est pas du tout la même chose.

La vie physique tient la première place dans cette existence troublée et émaillée de tant d’incidents burlesques ou terribles.

Il est indispensable de prendre une forte nourriture pour conserver sa vigueur et l’élasticité de son esprit.

Quelle que soit la situation morale d’un chasseur, tristesse ou gaieté, le moral n’influe jamais sur le physique.

Il mange quand même, et beaucoup, dans l’intérêt même des projets plus ou moins sombres, qu’il roule dans son esprit.