Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/376

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Il semblait que tout travail de tête lui fût pénible, toute discussion fatigante.

Il parlait à peine, ne causait que par boutades, agissait le moins possible.

Il ressemblait à un automate bien réglé, et surtout bien monté.

Du reste, personne n’était moins gênant.

Il n’aimait qu’un homme au monde, Cœur-Sombre.

Mais il professait pour lui un de ces dévouements devant lesquels pâlissent ceux des séides les plus vantés.

Cœur-Sombre le traitait avec beaucoup de déférence, avait pour lui une amitié profonde et sans limite.

Bien qu’il fût à l’avance assuré de l’assentiment de son ami, il ne faisait jamais rien sans le consulter.

Lui seul avait le pouvoir de galvaniser cette belle et vaillante statue.

Un mot, un geste, un regard, suffisaient pour cela.

Cette nature endormie se réveillait subitement ; la statue se faisait homme, et l’homme devenait terrible et donnait alors des preuves d’incroyable intelligence et d’indomptable énergie.

Tel était, ou du moins, aux yeux des gens qui croyaient le mieux le connaître, semblait être Main-de-Fer.

Après une course qui avait duré près de deux heures, les chasseurs firent halte dans une forêt de mahoganys, après avoir fait maints détours et si bien embrouillé leur piste qu’il semblait impossible de la retrouver.

Ils se trouvaient dans un brulis de plusieurs acres d’étendue, traversé par un large cours d’eau, qui allait quelques lieues plus loin se jeter dans le Rio San-Pedro, un peu au-dessous de Tubac.

Les chasseurs enlevèrent le mors et desserrèrent les sangles de leurs chevaux, sans prendre la peine de les attacher, car ils savaient que les intelligents animaux ne s’éloigneraient pas ; ils leur donnèrent la provende.

Cela fait, ils allumèrent du feu et se mirent en devoir de préparer leur repas du matin.