Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/396

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Le premier était le Mayor, le second Felitz Oyandi.

Mais Felitz Oyandi, complètement méconnaissable.

Cet homme, que nous avons vu si beau et de si fière tournure, était hideux à présent.

Il aurait presque inspiré la pitié.

Son œil droit, affreusement éraillé, aux paupières rougies et privées de cils, pleurait continuellement.

Son visage était labouré et couturé de profonds sillons, comme si un tigre avait, à plusieurs reprises, promené ses griffes tranchantes sur les joues et le front.

Il portait toute sa barbe, longue et touffue ; mais il ne parvenait pas à dissimuler ces horribles blessures.

De plus, il avait le bras gauche coupé au-dessus du coude, et il boitait légèrement de la jambe gauche.

Cependant, nous devons constater que, malgré cette effroyable transformation, il avait conservé entières toute son intelligence, sa vigueur, et même son adresse.

— Tu ne pourras pas partir cette nuit, dit le Mayor en langue basque ; l’ouragan redouble, et tous les sentiers sont défoncés ; si tu te risquais au dehors tu tomberais dans quelque fondrière, dont tu ne sortirais jamais dans l’état pitoyable où tu es à présent.

— Ce n’est pas cela qui me retiendrait si je voulais partir, répondit le manchot avec ressentiment. Si éclopé que je sois, je ne suis pas embarrassé pour me tirer d’affaires, mais je préfère passer la nuit ici.

— Tu as des raisons pour cela ?

— J’en ai toujours.

— Si c’est dans l’espoir que je me déciderai à te donner le coup de main que tu m’es venu demander, malgré ce que je t’avais écrit, tu te trompes ; cela m’est impossible.

— Mais pourquoi enfin ? s’écria Felitz Oyandi avec impatience.

— Tu le sais aussi bien que moi, depuis quelque temps je ne suis pas heureux. Voici la troisième fois que je suis contraint de reformer ma cuadrilla, que ce démon de chasseur m’a quatre fois exterminée. Tu le vois, il ne me