Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/406

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ses mains, son anneau de mariage, sur lequel on lut son nom et celui de son mari, avec la date du mariage. Le cadavre était étendu sur un autre cadavre, vêtu en matelot, dont l’identité fut aussi constatée. Crois-tu possible maintenant que cette femme vive encore ?

— Non, ma foi de Dieu, mon colonel ! ou bien alors il y aurait de la magie. Dam ! les sorciers sont bien fins !

— Que veux-tu dire ?

— Écoutez-moi à votre tour, mon colonel.

— Parle.

— Pour lors, m’ennuyant à Hermosillo, j’avais donc relevé pour Guaymas, dans le simple but de sentir un peu l’eau salée. Guaymas n’est pas une belle ville, mais en revanche elle est très sale. Figurez-vous, mon colonel, que ce sont de vilains oiseaux, des espèces de vautours nommés gallinasos, qui sont chargés du balayage et du nettoyage de la ville, même qu’il est défendu de les tuer. Pour lors, je tirais des bordées nord et sud sur la plage, et je reluquais un très beau trois-mâts du Havre, Belle-Adèle, qui se balançait sur ses ancres à une encâblure au large, lorsque voilà une embarcation qui aborde, et grince sur le sable. Qu’est-ce que je reconnais ? un pays de Saint-Jean-de-Luz, que j’avais connu enfant, et avec lequel j’avais navigué au service de la Belle-Paumelle (le digne matelot voulait dire Melpomène), une très jolie frégate comme vous savez. Pour lors, reconnaissance, embrassade, et nous allons bras-dessus, bras-dessous, nous affourcher dans une pulqueria tenue par un Français, à seule fin de boire un coup et de tailler une bavette sur les choses du pays. Pour lors, Joan, c’est le nom de mon pays, m’apprit qu’il venait directement du Havre, où le navire avait été frété par des passagers, tout exprès pour se faire conduire à Guaymas.

— Qu’est-ce que c’étaient que ces passagers ?

— Joan ne me l’a pas dit ; seulement, il me raconta qu’il avait été chargé avec cinq autres matelots, sous les ordres du second du navire, d’escorter les passagers jusqu’à une hacienda nommée la Florida, où on les attendait,