Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/42

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sées, de projets bouillonnent dans son cerveau toujours en travail, que les sentiments tendres de la passion vraie ne peuvent tenir qu’une place restreinte dans sa mémoire et dans son cœur, constamment distrait du bonheur par une foule d’intérêts de toute sorte.

Chez la femme, au contraire, il en est tout autrement ; créée pour aimer, organisée non seulement pour bien sentir l’amour, mais encore pour le communiquer, elle se concentre en elle-même, vit pour ainsi dire avec son amour ; que celui qu’elle aime soit proche ou éloigné, il est toujours près d’elle ; elle le sent, elle le voit, elle lui parle ; ni la distance ni les années n’y peuvent rien ; il est toujours là dans son cœur.

Quand celui qu’elle aime revient, elle devine son approche, tout son être tressaille de bonheur ; elle dit : « Le voilà ! »

Au milieu de cent personnes, elle le reconnaît, et son cœur s’élance vers lui, en même temps que son regard semble lui dire : « Je t’attendais ! »

Car la femme attend toujours sans jamais désespérer ; ainsi que nous l’avons dit, pour elle, l’amour c’est la vie ; si l’amour lui manque, elle s’étiole, dépérit et meurt, parce que sa vie est manquée, qu’elle n’a plus de but.

Son amour ravivé révéla à Julian un autre sentiment, la jalousie, que jusques alors il avait ignoré, parce que son cœur dormait encore, et qu’il était aveugle ; mais, son amour pour Denisà le rendait maintenant clairvoyant.

Denisà était trop belle pour ne pas avoir de nombreux soupirants.

Tous, à la vérité, se tenaient dans une réserve respectueuse ; ils aimaient la jeune fille, mais n’osaient se déclarer ouvertement, car aucun d’eux ne pouvait se flatter d’avoir été distingué par la charmante enfant, qui mettait le plus grand soin à éviter tout ce qui aurait eu l’apparence d’un encouragement même indirect pour l’un d’entre eux. Elle poussait cela si loin que souvent Julian se demandait si ce qu’il prenait pour de l’amour chez la