Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/51

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corriger un failli merle de ton espèce ! s’écria Félitz du ton le plus agressif.

— Ne perds pas ton temps à me débiter des injures qui ne sauraient m’atteindre, répondit Julian d’un accent glacé ; apprends-moi simplement pourquoi tu m’attends ici, à cette heure avancée de la nuit ?

— Si tu ne le devines pas, c’est que tu as peur ! répondit-il d’un ton insolent.

— Sache, tout d’abord, que je ne m’effraie nullement de tes airs de matamore ; tu as quatre ou cinq ans de plus que moi ; tu t’es fait, à tort ou à raison, une réputation de croque-mitaine dans le pays, et tu t’imagines que chacun doit trembler devant toi. Ce soir, toi, l’amant aimé de toutes les femmes, ainsi que tu le prétends, tu as été devant trente personnes humilié par une jeune fille, que chacun estime et respecte ; tu te figurais n’avoir qu’à te présenter pour être accueilli avec joie, j’ai été préféré à toi, parce que moi je l’aime sincèrement, et qu’elle sait que je ferai tout pour la rendre heureuse. Honteusement repoussé par elle, qui a deviné ce que tu es réellement, c’est-à-dire un méchant homme, une nature basse, un caractère vil qui souille tout ce qu’il touche, n’osant t’en prendre à la jeune fille de ton échec mérité, tu t’adresses à moi, dont tu penses avoir facilement raison ; soit, me voici ; je suis prêt : mais, prends-y bien garde, les choses peuvent tourner tout autrement que tu le supposes peut-être, à cause de ma jeunesse et de mon apparente faiblesse. Si tu m’obliges, à te faire face dans un combat singulier, tu recevras, je te l’annonce à l’avance, une telle leçon, que tu en conserveras le souvenir cuisant pendant toute ta vie ; mieux vaudrait pour toi agir en galant homme, et te retirer sans me chercher une querelle, dont tous les torts seront de ton côté, car tu le sais, je ne suis aucunement cause du déboire que tu as éprouvé et que tu ne peux attribuer qu’à toi-même ; maintenant parle, que veux-tu ?

Cette longue réponse avait été faite nettement, froidement, d’un ton ferme, mais poli. Plusieurs fois Felitz