Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/53

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se laissera fouiller, afin qu’il soit bien constaté que ni l’un ni l’autre nous ne conservons d’armes ; le combat aura lieu ici même, tout de suite ; nous ne conserverons que le pantalon et la chemise, sans ceinture ni cravate.

— Tu as donc bien peur, dit Felitz en ricanant.

— Oui, pour toi, fit le jeune homme avec raillerie ; le combat ne cessera que lorsque l’un de nous se reconnaîtra vaincu, et dira : J’ai eu tort, je suis un misérable, j’ai été justement châtié, je demande pardon à… — je laisse en blanc le nom du vainqueur — à qui j’ai indignement cherché querelle et que j’ai contraint de se battre contre moi.

— Est-ce fini enfin ! s’écria Felitz avec un geste de rage.

— Oui ; acceptes-tu ces conditions ?

— Je les accepte.

— Toutes, même les paroles à prononcer en cas de défaite ?

— Toutes, te dis-je. C’est toi qui demandera grâce, avorton !

— C’est ce que nous verrons bientôt ; mes amis, vous avez entendu, vous serez témoins.

— Oui, répondit Bernardo. Au nom de tous, et par le Dieu vivant, mon Julian, ces conditions seront strictement exécutées.

— Nous le promettons, appuyèrent les autres.

— Alors, hâtons-nous, et que Dieu juge, dit le jeune homme avec un sourire.

Les témoins se mirent à l’œuvre, les poches furent fouillées, les couteaux enlevés, puis les deux adversaires se déshabillèrent, ne conservant sur eux que le pantalon et la chemise.

Cela fait, les deux hommes furent placés à cinq pas l’un de l’autre, face à face, le bâton à la main.

Julian était évidemment, pour son âge, doué d’une vigueur remarquable, mais il n’avait pas encore accompli toute sa croissance, et ses forces étaient loin d’égaler celles de son adversaire, dont la vigueur dépassait presque les limites du possible ; cette observation, aussitôt faite par les témoins, les effraya et leur fit redouter intérieurement