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Le visage d’Oonomoo n’avait point quitté son expression habituelle de tristesse grave et résignée, et il aurait été difficile de découvrir dans sa physionomie quelques vestiges des sentiments déchirants qui bouleversaient son âme. Seulement une sorte de nuage sombre voilait ses yeux ; ses lèvres étaient serrées ; ses doigts nerveux s’imprimaient dans le bois de sa carabine.

En moins d’une heure, les deux Indiens eurent dévoré l’espace qui les séparait de la hutte. Mais, arrivé là, au lieu de prendre la route ordinaire, Niniotan se détourna à gauche, jusqu’à un creek (ruisseau) dont le courant était moins rapide. Après en avoir suivi le bord quelques instants, il retira un canot de dessous les herbes, le mit à flot et sauta dedans avec son père. Aussitôt la légère embarcation vola sur les flots, enlevée par les avirons que les deux Indiens manœuvraient avec une frénétique vigueur.

Un demi-mille plus loin, ils s’engagèrent dans un autre ruisseau, puis gagnèrent une nappe d’eau dormante dont la profondeur diminuait jusqu’à la rive, si bien que le canot lancé comme une flèche vint glisser sur la plage jusques hors de l’eau.