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marais, rebondit sur une branche d’arbre et s’enfonça dans l’eau. Le corps décapité de l’animal se noua et dénoua sur le sol, dans les convulsions d’une effrayante agonie, puis s’enroula autour du tronc caverneux. Oonomoo le poussa du pied, et le vit s’enfoncer dans les profondeurs de l’eau transparente, où le redoutable cadavre continuait d’agiter ses anneaux écailleux et sanglants.

Avec un sang froid imperturbable, le Huron continua sa route sans se préoccuper le moins du monde de cet incident.

Ses yeux noirs et investigateurs rencontraient à perte de vue le même passage marécageux et sauvage : partout la nappe humide brillait comme un miroir au travers de la végétation désordonnée qui est un des luxes de la nature. Suspendues d’un arbre à l’autre comme des ponts aériens, des lianes follement entrelacées enguirlandaient vingt bosquets tout hérissés de fleurs bizarres, aux senteurs acres et mordantes. Ici, reposaient moitié sur l’eau, moitié sur terre, des arbres aux longues branches tordues lamentablement comme les bras de quelque géant luttant contre l’abime ; là, se dressaient des myriades de roseaux semblables à une armée de lances ver-