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JACK ET JANE.

cette habitude et ils faisaient de leur mieux pour chasser les nuages qui obscurcissaient, de temps à autre, le bonheur de leur petite maîtresse. Les uns grimpaient sur ses genoux et faisaient entendre un sympathique ronron ; d’autres s’asseyaient gravement en face d’elle et la regardaient avec des yeux clignotants et un regard si profond qu’il lui semblait avoir devant elle de vrais Salomons prêts à lui donner les meilleurs conseils. Enfin, les plus petits chats folâtraient autour d’elle et exécutaient tant de cabrioles qu’il arrivait un moment où elle était distraite malgré elle et parlait d’un éclat de rire. Alors son accès de tristesse était à moitié passé ; elle sortait de son panier, arrangeait ses cheveux et renvoyait ses consolateurs en leur distribuant force caresses et victuailles, et en leur adressant les paroles suivantes :

« Mes chéris, nous perdons notre temps ; quand même nous pleurerions jusqu’à demain, cela ne nous avancerait à rien ; mais j’imagine que si nous sommes bien sages, tout finira par aller mieux. »

Elle allait ensuite faire une partie de cache-cache avec Boo, ou une promenade en bateau, ce qui ne manquait pas de la remettre tout à fait de bonne humeur.

La tâche que Molly s’était imposée consistait à réformer non seulement l’état particulier de Boo, mais aussi l’état général de la maison.

Ce fameux samedi où les trois amies commençaient leurs essais chacune de leur coté, Molly se mit à penser :

« Je vais m’imaginer que je suis à Siam, dans la maison d’un naturel du pays, et que j’ai à lui apprendre bien des choses. Miss Bat va être stupéfiée, mais je ne lui dirai rien. Ce sera très drôle ! »