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JACK ET JANE.

quera l’heure, je viendrai mettre fin à vos tourments. »

Jane sourit ; cette idée lui plaisait. Elle se raidit contre la souffrance et poursuivit d’une voix plaintive une petite chanson en français :

 
J’avais une colombe blanche,
J’avais un blanc petit pigeon.
Tous doux volaient de branche en branche
Jusqu’au faîte de mon donjon.
Mais, comme un coup de vent d’automne,
S’est abattu là l’épervier,
Et ma colombe si mignonne
Ne revient plus au colombier.

« Mon pauvre mari avait une très belle voix, dit Mme Peck les larmes aux yeux. J’ai toujours pensé que sa fille lui ressemblerait. Qu’il serait malheureux, le pauvre homme, s’il entendait Jane chanter, pour tromper ses souffrances, ces chansons qui lui servaient autrefois à l’endormir ! »

Mme Minot consola à la fois la mère et la fille en leur disant :

« Jane a de grandes dispositions pour la musique. Nous lui donnerons un professeur aussitôt que cela ne la fatiguera pas trop, et je suis sûre qu’elle deviendra une bonne petite musicienne. »

Jane tenait à se tirer à sa gloire de son rôle d’Indien captif. Elle entonna le chœur des Marins du Canada. Chacun se mit de la partie, Jack cria à pleins poumons le refrain : Ramez, frères, ramez, et fit un si beau couac sur une note haute, que les autres s’arrêtèrent en riant. Les deux heures de supplice, commencées par des larmes, finirent au milieu des chants et des rires.