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LE CLUB DRAMATIQUE.

de ses amies. Ce n’était pas gai de les voir se costumer et s’amuser sans pouvoir y prendre part. Elle avait les yeux fermés ; son filet était tombé et ses jolis cheveux bouclés étaient épars sur son oreiller. L’un de ses bras était relevé au-dessus de sa tête ; l’autre pendait languissamment sur sa couverture. Elle fredonnait une petite chanson mélancolique, mais on sentait qu’il lui fallait du courage pour ne pas se plaindre.

« Cette pauvre Jane doit bien s’ennuyer. »

Telle fut la première pensée de Merry. Puis il lui en vint une seconde, qui la fit tressaillir, sourire, se lever vivement et enfin dire à demi-voix à ses compagnes :

« Mesdemoiselles, je ne veux plus être la princesse, mais j’ai trouvé quelqu’un pour me remplacer.

— Qui donc ? s’écrièrent-elles toutes ensemble.

— Chut ! Parlez bas, regardez dans la chambre des oiseaux et dites-moi s’il est possible de trouver une plus jolie petite princesse. »

Les petites filles restèrent muettes. Merry continua chaleureusement :

« Cela lui ferait tant de plaisir ! Elie est toute couchée c’est le seul rôle qu’elle puisse jouer. Tout le monde en serait content et Jack le premier. Elle ne sera peut-être jamais guérie, la pauvre chérie. Soyons gentilles pour elle ; c’est bien le moins que nous puissions faire ! »

Ces dernières paroles, que Merry prononça d’une voix émue, eurent plus de poids dans la question que n’importe quel argument. Les petites filles ont généralement bon cœur. Il n’en était pas une parmi celles-là qui n’eut donné volontiers tout ce qu’elle possédait, pour