Page:Alcott - Jack et Jane.djvu/204

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
168
JACK ET JANE.

— Oh ! non ; ce serait trop mal.

— J’en suis sûre ! Nous verrons lequel de nous deux aura eu raison. »

Jane se mit à rire. Elle connaissait bien le pouvoir d’une petite volonté.

« Oh ! Jane, s’écria son ami, n’essayez pas, je vous en prie. Ce ne serait pas bien. Vous ne voudriez pas me faire mal agir, n’est-ce pas ? »

Jack avait l’air si malheureux que Jane se laissa toucher. Elle lui promit de ne pas lui faire dire son secret, mais elle se réserva le droit de le trouver de n’importe quelle autre manière.

Le vendredi matin, Jack partit pour l’école avec ses trois dollars dans sa poche. Il fit mal ses devoirs ce jour-là, fut en retard après la récréation de midi et alla se promener, après la classe malgré la pluie et les chemins boueux. Il ne revint que tard dans la soirée et rentra chez lui en boitant et l’air exténué, mais très satisfait.

Frank n’y prit pas garde, mais Jane était aux aguets pour savoir d’où il pouvait bien venir. Elle ne voulait pas le lui demander directement et lui dit seulement :

« Harry Grant voudrait que vous lui fissiez des cartes bleues. Il a trouvé celles de Merry si jolies qu’il veut en faire cadeau de semblables à sa fiancée.

— Harry attendra, répondit Jack en s’étendant sur le tapis, devant le feu. Je suis trop éreinté pour rien faire ce soir, et la vue seule de cette machine me fatigue.

— Pourquoi êtes-vous allé si loin ? On dirait que vous avez fait au moins six lieues.

— C’était forcé ; je n’ai pas fait beaucoup de chemin, mais ma maudite jambe ne pouvait plus me traîner. »