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LES MIRACLES DE SAINTE LUCY.

— Au fond, c’est une histoire vraie, dit Mme Minot. Je la déguiserai quelque peu. Nous l’appelerons les Miracles de sainte Lucy. »

Frank quitta son livre et s’étendit sur le canapé ; Jane arrangea son coussin sous sa tête et croisa les mains, et Jack se coucha sur le tapis les pieds un peu trop en l’air, mais c’était pour mieux admirer les pantoufles en tapisserie dont Jane lui avait fait cadeau le matin même.

Mme Minot commença :

« Il était une fois une châtelaine qui avait un gentil petit château et pour fils deux petits chevaliers…

— Elle n’avait pas de filles ? interrompit Jack.

— Non, c’était un grand sujet de chagrin pour elle, car ses fils grandissaient, et elle se trouvait souvent bien triste quand ils la quittaient…

— Comme Boule-de-Neige, quand un lui prend ses petits, murmura Jane.

— Si vous interrompez comme cela à tous propos, nous n’en finirons jamais, dit Frank d’un ton sévère.

— Un jour, continua Mme Minot, les jeunes chevaliers étant allés à la chasse trouvèrent dans la forêt une petite fille évanouie sur la neige. C’était la fille d’une bonne et aimable dame qui n’avait plus ni mari ni fortune. Cette enfant était un petit être sauvage et indocile, toujours en mouvement, toujours en danses et en chants, et aussi difficile à prendre qu’un écureuil. Par pure bravade, elle grimpait dans les endroits les plus difficiles, sautait par-dessus les haies et les barrières, et voulait aller partout, si bien que ce jour-là, elle était tombée et s’était grièvement blessée. Les petits chevaliers la recueillirent ainsi