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SUR LA COLLINE.

amuser. À quoi bon ? Après tout, faire les chambres et la cuisine, et raccommoder les bas de ses frères, cela vaut encore mieux que d’être brûlée comme la pauvre Rébecca. »

Ces réflexions philosophiques remontèrent le moral de Merry, et elle termina sa toilette plus gaiement qu’elle ne l’avait commencée.

Une demi-heure après, elle était penchée sur son ouvrage, à côté d’une immense pile de bas. Sa figure s’éclaircissait à chaque paire qu’elle terminait, et sa mère, voyant combien souvent ses yeux allaient de la fenêtre à la pendule, eut soin de raccommoder une bonne partie de la nappe, avant de la lui mettre entre les mains.

Mme Grant, quoique très sévère, était très bonne mère. Elle savait qu’il valait mieux pour Merry s’occuper du ménage que de lire des romans et de baguenauder toute la journée du samedi. Ces rêveries qu’aimait la petite fille ne lui nourrissaient pas suffisamment l’esprit. Tout n’est pas idéal dans la vie, loin de là ; la sagesse consiste à mettre un grain de poésie dans les choses les plus positives, mais non pas à vivre dans un monde imaginaire.

Mme Grant eut la sagesse d’apprendre aux petites mains effilées, qui aimaient à cueillir des fleurs et à modeler des oiseaux, à se servir d’une aiguille et d’un rouleau à pâtisserie. Elle mit un livre de dépenses devant les yeux noirs qui aimaient tant à s’attendrir sur les malheurs des héros de roman, et, grâce à elle, le jeune cœur et la petite folle de Merry ne s’épuisèrent pas en vagues désirs, en rêves dangereux, ou en occupations frivoles.