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DANS LA VALLÉE.

encore éloignée. Cependant, elle l’était moins qu’on n’eût pu le croire.

Le soir de ce jour-là, il pleuvait, et M. Bémis avait la migraine. Ces deux choses réunies firent qu’au lieu de sortir selon son habitude, il s’endormit sur le canapé. Quand il se réveilla, il entendit la pluie qui fouettait contre les vitres, et un autre son qui lui fit prêter l’oreille et se retourner à demi. C’était Molly qui endormait son petit frère en lui chantant une vieille ballade. Elle le tenait sur ses genoux au coin du feu, car l’expérience lui avait appris à éviter les rhumes avec quelques précautions. Boo était pelotonné dans ses bras et la regardait avec amour. C’était une petite scène touchante. M. Bémis en fut ému :

« Molly devient une vraie petite femme, se dit-il. Elle ressemble chaque jour davantage à sa mère. »

À ce souvenir, ses yeux se remplirent de larmes. Il n’était pas encore consolé de la perte de sa femme, qui était morte peu après la naissance de Boo.

« Miss Bat me paraît avoir très bien élevé ces pauvres enfants, continua leur père. Molly est très changée à son avantage, et Boo est un bon petit garçon. »

M. Bémis, poursuivant le cours de ses pensées, se prit à considérer qu’il avait peut-être eu tort de songer à remplacer miss Bat, et que, somme toute, c’était une brave femme. Mais ses rôtis desséchés, son café tiède et ses chemises mal raccommodées, lui avaient fait croire, quelques semaines auparavant, qu’il serait sage de chercher une autre femme de charge.

Molly, ayant couché son petit frère, revint sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller son père qu’elle