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JACK ET JANE.

« Pauvre chérie, lui dit son père, touché de sa résignation et plein de remords en se souvenant des nombreuses fois où il avait dit ce : J’y penserai. C’est très mal de ma part, et pour compenser cet oubli, je vous ordonne d’acheter cinq ou six robes cet été. »

Molly battit des mains, et s’écria avec une joie d’enfant

« Comme ce sera amusant d’avoir une masse de robes neuves et d’être enfin comme les autres ! Miss Bat parle toujours de faire des économies.

— Il me semble que j’ai le moyen de vous habiller convenablement, dit M. Bémis, en regardant de nouveau ses poignets d’un air mécontent. Les économies de miss Bat ne me plaisent nullement.

— À ce compte-là, pensa Molly, après n’avoir rien eu à mettre, j’aurai plus de robes qu’il ne m’en faudra. »

Elle continua à coudre sans dire mot. Son père se disait de son côté qu’il avait été bien négligent, et qu’il eût dû changer plus tôt beaucoup de choses. Tout à coup, il se leva et alla vers son bureau, non pas pour s’y plonger, comme à son ordinaire, dans ses livres, mais pour chercher dans ses tiroirs un petit trousseau de clefs. Quand il l’eut trouvé, il le regarda longuement d’un air pensif qu’il il ne prenait jamais que lorsqu’il considérait le portrait de sa femme. Quelque absorbé que M. Bémis pût être par ses affaires, il n’en aimait pas moins tendrement ses enfants, et il était aussi heureux que surpris de découvrir que sa fille s’efforçait de remplacer sa mère.

« Molly, lui dit-il, venez un peu. »

Il lui mit les clefs dans la main en lui disant :

« Voici les clefs de votre mère. Je ne voulais vous les