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JACK ET JANE.

« Gertrude et Mary pensent-elles à moi ? se dit-elle. Elles ne se doutent guère du danger que je cours ! »

Là-bas, étaient les cabines de bains, les maisons de Belle-Plage et le bateau de Jane sur le rivage. Que n’y était-elle encore !

Ici et là, des artistes peignaient ou dessinaient, mais ils ne voyaient pas la petite barque de Jane, et ils ne l’entendaient pas crier : Au secours !

À un certain moment, elle passa tout près d’un vieux monsieur qui péchait à la ligne en compagnie de son chien. Jane se leva, agita son mouchoir comme un drapeau, cria de manière à s’enrouer. Ce fut en vain. Le vieux monsieur ne bougea pas. Son chien seul poussa un hurlement dérisoire, suivant Jane.

Les minutes se passaient. Et qu’elles étaient longues, ces minutes ! Personne ne venait. Ni Frank ni Jack n’apparaissaient avec leur bateau promis. Jane allait sortir de la baie ; les vagues devenaient plus fortes, le rivage plus éloigné. Elle interrogea vainement l’horizon : la plage était déserte. On avait oublié Jane. Elle était perdue, perdue !

« Vais-je donc mourir ici ! s’écria-t-elle, désespérée. Hélas ! hélas pourquoi suis-je venue ? Pourquoi ai-je quitté ma petite maison dans le sable ! Pourquoi ai-je désobéi !… Que dira maman en apprenant ma mort !… On fera peut-être des vers sur moi comme on en a fait sur cette pauvre jeune fille qui s’est noyée l’année dernière en se baignant. Oh ! je ne veux pas mourir ! être noyée comme elle ! Je ne veux pas ! Je ne veux pas !…

La pauvre petite éclata en sanglots. Dans son désespoir, il lui vint une pensée :