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JACK ET JANE.

Chantez-moi quoique chose, petite mère, je vais tâcher de dormir pour vous faire plaisir. »

Jane ferma les yeux avec une obéissance inaccoutumée et fut bientôt endormie. Il n’en fut pas de même de sa pauvre mère qui passa la nuit à pleurer tout bas. Mme Peck, la mère de Jane, était Anglaise, elle avait épousé un Canadien d’origine française, et elle avait quitté Montréal à la mort de son mari pour venir habiter, dans Harmony, un petit cottage séparé seulement de la belle grande maison de Mme Minot par une baie d’aubépine. C’était une personne triste et grave, qui avait connu des jours meilleurs. Elle avait tout perdu en perdant son excellent mari ; mais elle ne s’en plaignait jamais, et gagnait sa vie en cousant et en soignant les malades, heureuse de faire n’importe quel ouvrage, pourvu que Jane ne manquât de rien, et reçût une bonne éducation. Elle n’avait de pensées que pour sa fille, qui était admirablement douée, et son seul bonheur était de voir les excellentes notes que Jane lui rapportait fièrement tous les mois.

Et maintenant la pauvre enfant était alitée, pour combien de temps ?… peut-être pour des mois ou des années ! Toutes les espérances de Mme Peck semblaient s’évanouir à la fois.

« Mais, s’il plaît à Dieu, ma chérie se guérira bientôt, et d’ici là cette bonne Mme Minot ne l’abandonnera pas ? » pensa enfin la pauvre veuve, en regardant machinalement le rayon de lumière, qui venait de la grande maison, briller jusque sur le cottage, comme symbole de l’esprit de bonté qui en liait les habitants, malgré la différence des fortunes.