Page:Alcott - Jack et Jane.djvu/31

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DEUX PÉNITENTS.

Une voisine lui avait charitablement raconté que Jack avait crié pendant qu’on lui remettait la jambe, et qu’après l’opération on avait retrouvé le frère de Jack, le pauvre Frank, pâle comme un linge et tellement ému qu’on lui avait fait mettre la tête sous la pompe de la cour pendant que Gustave, pour rétablir le calme dans son cerveau, pompait comme si le feu avait été à la maison.

« Chut, ma chérie, lui disait sa mère, calmez-vous, il faut tâcher de dormir. Buvez ce que Mme Minot vient de vous envoyer, cela vous fera du bien. J’ai le cœur brisé de voir ma petite Jane souffrir de la sorte.

— Je ne peux pas dormir, je ne comprends pas comment la mère de Jack et de Frank peut m’envoyer quelque chose quand j’ai à moitié tué son second fils et fait tant de chagrin a l’autre. Je voudrais avoir bien froid et bien mal !… Ah ! si jamais je suis guérie, je serai la meilleure petite fille du monde pour faire oublier mes fautes passées. Vous verrez, cria Jane en secouant si énergiquement la tête que ses larmes jaillirent sur son oreiller.

— Vous ferez mieux encore de commencer tout de suite, ma chérie, car je crains fort que vous ne soyez clouée ici pour longtemps, soupira Mme Peck, incapable de cacher plus longtemps son anxiété.

— Je suis donc bien malade, maman ?

— J’en ai grand peur.

— Et bien, j’en suis très contente, j’ai mérité d’avoir plus de mal que Jack et j’espère qu’il en sera ainsi. Je le supporterai de mon mieux, et quand je serai guérie, je serai devenue si parfaite qu’on ne me reconnaîtra plus.