Page:Alcott - Jack et Jane.djvu/92

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
70
JACK ET JANE.

Quand les malades se trouvèrent seuls de nouveau, Jack dit gravement à Jane :

« Il faudra être extraordinairement sage jusqu’à ce que nous soyons guéris. Cela ne peut pas tarder beaucoup, et nous allons être si heureux ensemble que ce ne sera pas difficile. Tout le monde est si bon pour nous que je ne vois pas d’autre moyen de prouver à nos mères et à Frank et à Ralph, à tous enfin, notre reconnaissance.

— Ce n’est pas facile d’être sage quand on est malade, dit Jane d’un air pensif. Je suis souvent si lasse d’être immobile que je m’impatiente malgré moi. Quelquefois j’ai si mal que cela me ferait du bien de crier. Je ne le fais pas pour ne pas effrayer maman, mais je pleure en demandant à Dieu d’être plus patiente. Et vous Jack, pleurez-vous ?

— Les hommes ne pleurent jamais. Quelquefois, je m’ennuie trop, moi aussi, et j’ai besoin de me mettre en colère, mais je me retiens. Quand Frank est là, il me dit : « Bats-moi, cela te fera du bien. » Et je le bats, mais c’est pour rire. Quel bon frère il a été pour moi pendant tous ces temps-ci !

— J’imagine que nous ne pouvons cependant pas avoir de peine à devenir très sages dans cette jolie chambre, dit Jane, ce serait trop mal d’y être méchante.

— Avec tout cela savez-vous que je meurs de faim, s’écria Jack tout à coup. Je n’ai pas déjeuné ce matin. Oh ! j’ai été terrible, j’étais si pressé de vous voir et de connaître le secret. Frank me disait tant pour me taquiner que je ne devinerais jamais la surprise, que, dans un mouvement dont je me suis bien repenti, j’ai