Page:Alcott - Jack et Jane.djvu/93

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LES SURPRISES.

fini par lui jeter mon œuf à la tête. Est-ce assez abominable, cela ?

— C’est très laid, dit Jane. Mais est-ce que Frank l’a reçu, votre œuf ?

— Non, il a heureusement baissé la tête, et l’œuf est allé s’écraser contre le mur. Ce n’était pas beau non plus. »

Le papier de la chambre de Jack portait la marque ineffaçable du défaut dominant du petit garçon, la colère.

« N’est-ce pas honteux, une chose pareille ?

— Ce n’est pas une jolie chose, dit Jane.

— Frank m’a pardonné. Il est trop bon. Je ne méritais pas son pardon.

— Vous méritiez une punition, dit Jane.

— Je l’ai eue, répondit Jack. J’ai dû me passer de déjeuner, et c’était bien fait. Mais j’ai faim, oh, faim !… »

Les enfants partirent d’un éclat de rire. Mme Minot entra, tout, heureuse d’entendre ce joyeux rire et de voir deux mines souriantes, au lieu de la figure morne et triste qu’avait habituellement son fils.

« Vous voyez que mon ordonnance fait déjà de l’effet, dit-elle à Mme Peck, qui la suivait avec un grand plateau sur lequel était le déjeuner des deux amis.

— Ah ! madame, répondit celle-ci, cela fait de l’effet à tout le monde. Pour ma part, je ne me suis jamais senti l’esprit aussi libre qu’aujourd’hui. »

Vraiment Mme Peck semblait avoir laissé tout ses soucis dans le cottage, car elle était si gaie, si calme et si fraîche sous son bonnet blanc, que Jane la reconnaissait â peine.

« Les choses sont bien meilleures quand on ne les