Page:Alcott - La Petite Rose ses six tantes et ses sept cousins.djvu/164

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Rose avait une voix douce et harmonieuse, une méthode parfaite ; sa patience semblait inépuisable, son temps sans valeur et son dévouement sans bornes. Quand tous ses cousins abandonnèrent Mac, elle resta fidèlement à son poste ; assise près de la fenêtre, dont les volets fermés laissaient échapper un faible rayon de soleil par une ouverture pratiquée à dessein, elle lisait pendant des heures entières les livres les plus ardus. Mac l’écoutait, couché sur une chaise longue ; comme tous les malades, il se montrait souvent irritable, susceptible, quelquefois même exigeant ; tout lui déplaisait, et Rose comprenait mal le sens des traités scientifiques qu’il aimait ; si elle écorchait quelque mot difficile, il se fâchait tout rouge, et alors ces lectures « arides » étaient littéralement arrosées par les larmes qui coulaient silencieusement le long des joues de la petite fille, à l’insu de son irascible malade. D’autres jours, et c’était là le plus pénible, le pauvre garçon se livrait à des accès de désespoir que sa jeune garde-malade avait grand’peine à apaiser.

Mac parlait peu ; il ne remerciait pas sa cousine en paroles ; mais sa reconnaissance s’affirmait par des actes, et elle voyait bien qu’il préférait ses services à tous autres. Le moindre retard de sa part l’inquiétait, sa figure rayonnait lorsqu’elle arrivait, s’assombrissait à son départ, et, aussitôt qu’elle n’était plus là, il reprenait son air malheureux. Rose était une garde-malade modèle ; elle marchait sans faire plus de bruit qu’une souris, elle devinait les désirs de Mac et lui évitait la peine de demander quelque chose.