Page:Alembert - Trois mois à la cour de Fréderic : lettres inédites.djvu/37

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néral, une bouffonnerie. On en rit beaucoup à Sans-Souci, et d’Alembert revient à plusieurs reprises sur cet arrêt au moins étrange :

« Sans-Souci, 22 juin 1763.

« Vous auriez bien dû m’instruire plus en détail, mande-t-il à Mlle de Lespinasse, de cet arrêt du Parlement contre l’inoculation ; cela est bien singulier sans m’étonner ; voilà où les Parlements en sont et en seront encore longtemps, même après avoir chassé les jésuites. Je conterai aujourd’hui cette nouvelle sottise française au Roi, qui sûrement la trouvera comme elle est, ayant cependant d’ailleurs beaucoup d’estime et de goût pour notre nation et nulle rancune contre personne.

« Hier le Roi me fit voir sa bibliothèque de Sans-Souci, qui est peu nombreuse mais bien choisie ; il y resta environ une heure à me montrer ses livres et à causer avec moi ; il me mena à son concert, qu’il donna hier pour la première fois, et où il joua admirablement de la flûte ; il eut même la bonté de jouer à ma prière un solo qu’il a composé et dont je fus très content pour la musique et l’exécution ; il en a fait deux cents que j’ai vus hier dans son cabinet. Quel homme ! et où trouve-t-il du temps pour tout cela ? Le matin, j’avais vu les tableaux de la galerie dont un grand nombre est de la plus grande beauté ; je me fais bien un plaisir de les voir plus en détail…