Page:Alessandro Manzoni - Les fiancés, trad. Montgrand, 1877.djvu/11

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ALEXANDRE MANZONI


Il y a des livres qui n’appartiennent pas à une seule nation, mais au monde entier. La beauté littéraire est universelle, et tous ont le droit et le devoir de s’en emparer. Shakespeare, Byron, Goethe, Schiller, Voltaire, Rousseau, Dante, le Tasse, par la nature de leur génie, par la beauté de leurs œuvres, ne sont ni Anglais, ni Allemands, ni Français, ni Italiens ; toute la terre est leur patrie ; leur langage est devenu universel, car tout le monde lettré les comprend, les admire et s’efforce de les imiter. Manzoni, dont le nom est acquis à la postérité, est du nombre de ces hommes universels, moins par la quantité et la diversité de ses œuvres, que par leur beauté, et par l’influence qu’elles ont exercée sur la littérature moderne de l’Italie. Par ses hymnes et par ses tragédies, il a servi de modèle à la poésie romantique ; par son roman les Fiancés, il a montré aux classiques qu’on peut allier l’invention à l’histoire, sans nuire ni aux œuvres d’imagination ni à celles d’érudition.

Il est inutile de parler ici de la querelle littéraire que ses poésies et son roman ont soulevée chez les Italiens. Pendant longtemps, Manzoni ne fut pas apprécié à sa juste valeur ; et, comme tous les grands hommes, il vécut ignoré par les uns, désavoué par les autres. Mais une partie de ses compatriotes lui resta fidèle, et, dès que sa patrie fut délivrée du joug étranger, l’opinion générale lui revint, et les honneurs, les hommages qu’il avait refusés dans sa jeunesse et dans son âge mûr, entourèrent sa vieil-