Page:Alessandro Manzoni - Les fiancés, trad. Montgrand, 1877.djvu/12

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lesse respectée. Enfin les classiques en prirent leur parti et lui reconnurent le génie que, jusqu’alors, ils lui avaient contesté. On le salua chef d’école ; il fut, en effet, un esprit inventif, un historien érudit et profond, un Italien sincère et patriote, un linguiste pur et digne d’être imité.

Le comte Pierre Manzoni épousa le 12 septembre 1781 la fille aînée de César Beccaria, l’auteur du célèbre Traité des Délits et des Peines. De ce mariage naquit à Milan, le 7 mars 1785, Alexandre Manzoni. La famille, qui demeurait une grande partie de l’année au Galeotto, vieux palais tout près de Lecco, y conduisit l’enfant. Le jeune Manzoni fit ses études au collège dirigé alors par les pères Somasques dont il garda toujours un bon souvenir. Il eut, entre autres, comme professeur, le père Soave, auteur d’une grammaire latine très-estimée. En 1799, Manzoni fut envoyé au collège Longone, à Milan, appelé alors le collège des Nobles ; il se trouvait à Castellazzo des Barzi, maison de campagne du collège près de Magenta, lorsque les Français se retirèrent en abandonnant la République Cisalpine à son malheureux sort.

En 1808, après la mort de son père, sa mère le conduisit à Paris où elle avait déjà fait un séjour. Il fut reçu avec beaucoup d’égards dans l’élégante demeure où Mme Cabanis, à Auteuil, recevait les survivants de la Révolution de 1789 et de l’Encyclopédie. Dans cette maison, le jeune Manzoni connut Cabanis, le médecin matérialiste, les philosophes Garat, Volney, Villers, Fauriel, l’historien idéaliste, et beaucoup d’autres savants de cette époque. Il se lia d’amitié plus particulièrement avec Fauriel.

Rentré en Italie en 1808, il épousa une charmante jeune fille : Henriette-Louise Blondel, fille d’un banquier de Genève. Elle était protestante ; mais, bien que son mari lui eût laissé une pleine liberté de conscience, elle fut frappée par la pompe, la douceur, la vérité du dogme catholique, et en adopta la foi religieuse. Manzoni, qui avait fréquenté à Paris la société des incrédules, saisit cette occasion pour étudier les vérités religieuses et abandonna des idées qui, pendant trois ans, l’avaient éloigné de toute espèce de croyance. Son esprit le portait à étudier les ressorts secrets de la politique humaine, et personne ne sut, comme lui, concilier la foi avec la liberté de la pensée.

Revenu à Milan, il partagea son temps entre l’étude des classiques, de