Page:Alessandro Manzoni - Les fiancés, trad. Montgrand, 1877.djvu/117

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— Justement, Menico. Et s’il te dit d’attendre quelque peu, là, près du couvent, ne t’écarte pas : prends garde de t’en aller au lac avec des camarades pour voir pêcher, ou pour t’amuser avec les filets qui sèchent contre les murs, ou pour jouer à ton autre jeu ordinaire… »

Il faut savoir que Menico était fort habile à lancer et à faire rebondir les cailloux sur l’eau ; et l’on sait que tous, tant que nous sommes, grands ou petits, nous faisons volontiers les choses en quoi nous sommes habiles : je ne dis pas celles-là seules.

« Oh ! ma tante ; je ne suis pas un enfant, après tout.

— Bien : sois sage, et prudent : et quand tu reviendras avec la réponse… regarde : ces deux belles parpagliole[1] toutes neuves pour toi.

— Donnez-les-moi maintenant : c’est tout de même.

— Non, non, tu les jouerais. Va, fais bien la besogne, et tu en auras encore plus. »

Dans le reste de cette longue matinée, eurent lieu certaines particularités, dont les deux femmes déjà troublées ne conçurent pas peu d’inquiétude. Le mendiant, qui n’était ni défait ni déguenillé comme ses pareils, et dont la figure avait quelque chose de sombre et sinistre, entra pour demander l’aumône, en jetant çà et là certains regards d’espion. On lui donna un morceau de pain, qu’il reçut et mit dans sa besace avec une indifférence mal dissimulée. Il s’arrêta ensuite à causer avec une sorte d’effronterie et en même temps avec hésitation, faisant plusieurs questions auxquelles Agnese se hâta de répondre toujours par le contraire de ce qui était. Se remettant ensuite en marche comme pour s’en aller, il feignit de se tromper de porte, passa par celle qui conduisait à l’escalier, et là donna à la hâte un autre coup d’œil autour de lui, le mieux

  1. Pièces de monnaie. (N. du T.)