Page:Alessandro Manzoni - Les fiancés, trad. Montgrand, 1877.djvu/211

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de manière qu’il put contempler cette triste et récente ruine ; les murs criblés de coups de pierre ; les fenêtres mises en loques, la porte arrachée de ses gonds et renversée.

« Ce n’est pourtant pas bien, cela, dit Renzo en lui-même ; s’ils arrangent ainsi tous les fours, où veulent-ils qu’on fasse du pain ? Dans les puits ? »

De temps en temps quelqu’un sortait du four, portant un débris de caisse, de huche, de blutoir, une barre, un banc, une corbeille, un livre de comptes, quelque chose en un mot de ce qui appartenait à ce misérable four ; et chacun, en criant : « Place ! place ! » passait à travers ce qui restait du grand attroupement. Tous s’acheminaient du même côté et, comme on on pouvait juger, vers un lieu convenu.

« Qu’est-ce encore que cette autre histoire ? » pensa de nouveau Renzo, et il se mit sur les pas d’un de ces hommes qui, s’étant fait un lourd fagot de planches brisées et d’éclats de bois, l’avait chargé sur ses épaules, s’acheminant ensuite, comme les autres, par la rue qui longe le côté septentrional du duomo et a pris son nom des marches d’escalier qui étaient là et depuis peu n’y sont plus. Le désir d’observer les événements ne put faire que notre montagnard, quand le grand édifice se découvrit devant lui, ne s’arrêtât un moment à regarder en haut, la bouche béante. Il doubla ensuite le pas pour rejoindre celui qu’il avait comme pris pour guide ; il tourna le coin, jeta de même un coup d’œil sur la façade du duomo (alors encore rustique en grande partie et bien éloignée de son achèvement), mais sans quitter son homme qui se dirigeait vers le milieu de la place. Le rassemblement devenait plus compacte à mesure que l’on avançait ; mais on faisait place au porteur de bois rompus ; il fendait le flot du peuple, et Renzo, se tenant toujours sur ses pas, arriva avec lui au centre de la foule. Là était un espace vide, et au milieu un tas de braise, dernier produit des ustensiles dont nous avons parlé plus haut. Tout à l’entour c’étaient des battements de mains, des trépignements, le bruit assourdissant de mille cris, d’imprécations et de triomphe.