Page:Alessandro Manzoni - Les fiancés, trad. Montgrand, 1877.djvu/216

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devant la maison lorsque le détachement arriva et fit halte loin de la maison même, sur les derniers rangs de la foule. L’officier qui les commandait ne savait trop quel parti prendre. En cet endroit il n’y avait qu’un amas de gens de tout âge et de tout sexe qui se tenaient là pour voir. Aux sommations qui leur étaient faites de se disperser et de laisser le passage libre, ils répondaient par un long et sourd murmure, et personne ne bougeait. Faire feu sur de telles gens, semblait à l’officier agir d’une manière non-seulement cruelle, mais pleine de dangers, parce que, en attaquant ceux qui étaient le moins à craindre, on irriterait le grand nombre chez qui était la violence ; et du reste, telles n’étaient pas ses instructions. Se faire jour dans cette première foule, la renverser à droite et à gauche, et aller en avant porter la guerre à ceux qui la faisaient, eût été le mieux sans doute ; mais le difficile était d’y réussir. Savait-on si les soldats pourraient marcher unis et en bon ordre ? Et si, au lieu de rompre la foule, ils allaient s’y trouver éparpillés eux-mêmes, ils seraient à sa discrétion, après l’avoir provoquée. L’irrésolution du commandant et l’immo-