Page:Alessandro Manzoni - Les fiancés, trad. Montgrand, 1877.djvu/262

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pauvre garçon pût se fier pour demander son chemin, sans crainte d’être mis à la gêne et contraint à jaser sur ses affaires.

« Ah ! pour cette fois, disait l’un, il paraît que les Milanais y ont été beau jeu bon argent. Enfin, demain au plus tard nous saurons quelque chose.

— J’ai regret de n’être pas allé à Milan ce matin, disait un autre.

— Si tu y vas demain, je vais avec toi, dit un troisième ; puis un autre, puis un autre encore.

— Ce que je voudrais savoir, reprit le premier, c’est si ces messieurs de Milan songeront un peu aux pauvres habitants de la campagne, ou s’ils ne feront faire une bonne loi que pour eux. Vous savez comme ils sont ; citadins pleins d’orgueil, tout pour eux ; et les autres, c’est comme s’ils n’existaient pas.

— Nous avons une bouche aussi, nous, tant pour manger que pour dire nos raisons, dit un autre d’un ton d’autant plus modeste que la proposition était plus hardie, et une fois la chose en train… Mais il ne jugea pas à propos d’achever la phrase.

— Quant au grain caché, ce n’est pas seulement à Milan qu’il s’en trouve, » commençait à dire un autre d’un air en dessous et malin, lorsqu’on entendit le pas d’un cheval qui s’approchait. Tous courent à la porte, et, reconnaissant celui qui arrivait, ils vont au devant de lui. C’était un marchand de Milan qui, faisant plusieurs fois l’année le voyage de Bergame pour les affaires de son négoce, avait coutume de passer la nuit dans cette auberge ; et, comme il y trouvait à peu près toujours la même société, il les connaissait tous. Ils se pressent autour de lui ; l’un prend la bride, un autre l’étrier : « Bien arrivé, bien arrivé !

— Je vous salue.