Page:Alessandro Manzoni - Les fiancés, trad. Montgrand, 1877.djvu/337

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— J’y ai fait tout ce que j’ai pu, répondit celle-ci, mais elle n’a jamais voulu manger, elle n’a jamais voulu venir…

— Laisse-la dormir tranquille ; prends-garde de la déranger : et quand elle s’éveillera… Maria va venir ici dans la chambre voisine : et tu l’enverras prendre tout ce que cette fille pourra te demander. Quand elle s’éveillera… dis-lui que je… que le maître est sorti pour peu de temps, qu’il reviendra, et… qu’il fera tout ce qu’elle voudra. »

La vieille resta stupéfaite et dit en elle-même : « Serait-ce donc quelque princesse ? »

Le seigneur sortit, reprit sa carabine, envoya Maria faire antichambre, donna ordre au premier bravo qu’il rencontra d’aller faire la garde près de cette chambre, pour que nul autre que cette femme n’y mît le pied : puis il sortit du château et prit la descente d’un pas rapide.

Le manuscrit ne dit pas quelle était la distance du château au village où se trouvait le cardinal : mais, des faits que nous sommes à raconter, il résulte qu’il ne devait pas y avoir plus loin que pour une bonne promenade. Quant à ce qui est de voir accourir vers ce village les habitants de la vallée et même d’endroits plus éloignés, ce fait tout seul ne suffirait pas pour juger de cette distance, puisque nous trouvons dans les mémoires du temps que de plus de vingt milles on venait en foule pour voir Frédéric.

Les bravi qui se trouvaient sur la montée s’arrêtaient respectueusement sur le passage du seigneur, attendant de connaître s’il n’aurait pas d’ordres à leur donner, ou s’il ne voudrait point les prendre avec lui pour quelque expédition : et ils ne savaient que penser de son air et des regards par lesquels il répondait à leurs révérences.

Lorsqu’il fut sur le chemin public, ce qui causait grande surprise aux passants