Page:Alessandro Manzoni - Les fiancés, trad. Montgrand, 1877.djvu/345

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des choses qu’il regardait comme de son devoir de régler et de conduire, il évita toujours de s’ingérer dans les affaires d’autrui, et, lors même qu’il était prié d’y prendre part, il cherchait tous les moyens possibles de s’en dispenser ; discrétion et réserve peu communes, comme chacun sait, chez les hommes qui ont le zèle du bien, ainsi que l’avait Frédéric.

Si nous voulions nous laisser aller au plaisir de recueillir tous les traits remarquables de son caractère, il en résulterait certainement un ensemble fort rare de mérites opposés en apparence, et bien difficiles sans doute à trouver réunis. Nous n’omettrons point cependant de noter une autre particularité de cette belle vie ; et c’est que, pleine comme elle le fut d’action, pleine de gouvernement épiscopal, de fonctions d’église, d’enseignement, d’audiences, de visites diocésaines, de voyages, de contestations, l’étude cependant y trouva non-seulement sa place, mais une place telle qu’elle eût pu suffire à un savant de profession. Et, en effet, parmi tant d’autres titres divers à la louange, Frédéric jouit, près ses contemporains, de celui d’homme savant.

Nous ne devons pourtant pas dissimuler qu’il adopta avec une ferme conviction et soutint, dans la pratique, avec une longue constance, des opinions qui aujourd’hui paraîtraient à tous plutôt étranges que mal fondées, et seraient jugées telles par ceux-là même qui auraient grand désir de les trouver justes. Pour qui voudrait le défendre en ce point, se présenterait cette excuse, si commune et si bien reçue, que c’étaient les erreurs de son siècle plutôt que les siennes propres ; excuse qui, pour certaines choses et lorsqu’on la tire de l’examen particulier des faits, peut avoir quelque valeur, ou même en avoir une grande, mais qui, appliquée isolément et à l’aveugle, comme cela se fait d’ordinaire, ne signifie rien du tout. Et c’est pourquoi, ne voulant pas résoudre par de simples formules des questions compliquées, ni trop allonger ce qui n’est qu’un épisode, nous nous abstiendrons même de les exposer, nous contentant d’avoir indiqué en passant que, chez un homme si admirable dans l’ensemble de ses qualités, nous ne prétendons pas que tout le fût de même ; car nous ne voudrions point paraître avoir eu l’intention d’écrire une oraison funèbre.

Nous ne faisons sûrement pas injure à nos lecteurs en supposant que quelqu’un d’entre eux puisse demander si cet homme a laissé quelque monument de son génie si vaste, de ses études si multipliées. Oui certes, il en a laissé. On porte à cent environ le nombre des ouvrages qui restent de lui, en comptant ceux qui ont de l’importance et ceux qui en ont moins, en réunissant ses productions latines et italiennes, imprimées ou manuscrites, toutes conservées dans la bibliothèque de sa fondation : traités de morale, prières, dissertations sur l’histoire, sur les antiquités sacrées et profanes, sur la littérature, les arts et autres sujets.

« Et comment se fait-il, dira ce même lecteur, que tant d’ouvrages soient oubliés, ou du moins si peu connus, si peu recherchés ? Comment, avec un tel génie, de telles études, une connaissance si parfaite des hommes et des choses, des méditations si assidues, une passion si vive pour ce qui est beau et ce qui