Page:Alessandro Manzoni - Les fiancés, trad. Montgrand, 1877.djvu/355

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tenues aussi clairs en présence du tiers qui se trouvait là. Il parut cependant étrange au cardinal que don Abbondio ne l’eût pas saisie dans ce qu’il venait d’entendre, ou même que son propre jugement ne la lui eût pas présentée ; et la proposition du curé, son insistance, lui semblèrent tellement hors de propos, qu’il soupçonna là-dessous quelque autre pensée. Il le regarda au visage et y découvrit sans peine la peur de voyager avec cet homme redoutable, d’aller dans cette maison, même pour peu de moments. Voulant dès lors dissiper tout à fait en lui ces appréhensions, et ne trouvant pas bien de le prendre à part et de lui parler en secret, pendant que son nouvel ami était en tiers avec eux, il pensa que le meilleur moyen était de faire ce qu’il aurait fait, sans même y être porté par ce motif, c’est-à-dire de parler à l’Innomé lui-même, dont les réponses feraient enfin comprendre à don Abbondio que ce n’était plus un homme dont on dût avoir peur. Il s’approcha donc de l’Innomé, et avec cet air de familiarité spontanée qui se trouve dans une nouvelle et puissante affection comme dans une ancienne intimité. « Ne croyez pas, lui dit-il, que je me contente de cette visite pour aujourd’hui. Vous reviendrez, n’est-ce pas, en compagnie de ce digne ecclésiastique ?

— Si je reviendrai ? répondit l’Innomé : quand même vous ne voudriez pas de moi, je resterai obstinément à votre porte, comme un mendiant. J’ai besoin de vous parler ! J’ai besoin de vous entendre, de vous voir ! J’ai besoin de vous ! »