Page:Alessandro Manzoni - Les fiancés, trad. Montgrand, 1877.djvu/68

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qui ne se souvienne d’avoir entendu, dans son enfance, ses parents, son précepteur, ou quelque ami de la maison, ou même quelque domestique, dire de lui : c’est un ciuffo, c’est un ciuffetto.

« En vérité, et foi de pauvre garçon, répondit Renzo, je n’ai jamais porté toupet de ma vie.

— Nous ne ferons rien ainsi, répondit le docteur en branlant la tête avec un sourire moitié malin, moitié impatient. Si vous ne vous fiez pas à moi, nous ne ferons jamais rien. Qui ment au docteur, voyez-vous, mon enfant, est un sot qui dira la vérité au juge. Il faut raconter à l’avocat les choses clairement ; c’est à nous ensuite à les embrouiller. Si vous voulez que je vous prête mon aide, il faut me dire tout, depuis l’A jusqu’au Z, le cœur sur la main, comme au confesseur. Vous devez me nommer la personne de qui vous avez eu commission : je suppose que c’est un homme d’un certain rang ; et dans ce cas je me rendrai chez lui, pour faire un acte de convenance. Je ne lui dirai pas, voyez-vous, que je sais de vous-même qu’il vous a donné cette commission : soyez tranquille là-dessus. Je lui dirai que je viens implorer sa protection pour un jeune homme calomnié ; et je me concerterai avec lui sur la marche à suivre pour terminer l’affaire convenablement. Vous comprenez qu’en se sauvant, il vous sauvera vous-même. Si cependant l’équipée était toute de votre fait, eh bien, je ne recule pas pour cela, j’en ai tiré d’autres de plus mauvaises passes encore. Pourvu que vous n’ayez pas offensé une personne considérable, entendons-nous bien, je m’engage à vous sortir d’embarras, avec quelques frais, s’entend. Vous devez me dire qui est l’offensé, comme on dit ; et, selon la condition, la qualité et l’humeur du cher homme, on verra s’il convient de le tenir en devoir au moyen des protections, ou s’il faut trouver quelque moyen de l’attaquer nous-mêmes au criminel et de lui mettre la puce à l’oreille ; car, voyez-vous, pour qui sait manier les ordonnances, personne n’est coupable et personne n’est innocent. Quant au curé, s’il a du bon sens, il ne dira mot ; mais, si c’est une mauvaise tête, il y a des moyens aussi pour ces sortes de gens. Il n’est point d’affaire d’où l’on ne puisse se tirer ; mais il faut un homme ; et votre cas est sérieux ; sérieux, vous dis-je, sérieux. L’ordonnance parle clair, et si la chose doit se décider entre la justice et vous, comme ça entre quatre yeux, vous n’êtes pas bien, Je vous parle en ami. Il faut payer ses fredaines. Si vous voulez sortir de là sans dommage, vous avez pour votre part à y mettre argent et sincérité, confiance en qui vous veut du bien, obéissance, exactitude à faire tout ce qui vous sera suggéré. »