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DONATELLO

dans un esprit tout différent, personnifie une autre idée. Gattamelata est le chef prudent, maître de lui-même, qui commande avec tranquillité ; le Colleone est le chef emporté qui paie de sa personne et jette, avec une effrayante décision, son cheval en pleine mêlée, confiant dans la soudaineté de son assaut et dans la furie froide de son regard pour faire tout reculer devant lui. De longues et utiles analyses, de fécondes comparaisons pourraient être poursuivies entre les deux œuvres, se fondant non plus sur des raisons d’expression, mais de technique pure. On en conclurait peut-être à la fin que, pour paraître d’abord plus sage et plus contenue, l’œuvre de Donatello a plus de vraie grandeur, emprunte moins à la surprise et à l’énergie pittoresque. Que l’on songe seulement à ceci, c’est qu’elle possède toute la force habituelle à notre maître, tout en atteignant au calme des plus beaux antiques connus. Des critiques adressées à cette œuvre surprenante, il nous tient à cœur d’en relever une, parce que de la réfutation se dégage un enseignement d’art. Un écrivain qui connaît parfaitement et même trop bien le cheval, son anatomie et son action, M. le colonel Duhousset, que l’on prit l’habitude bien intentionnée de consulter pour l’appréciation de toutes les œuvres d’art antiques et modernes où quelque équitation s’inscrivait, a porté ce jugement sur le Gattamelata : « L’œuvre est conçue dans le sentiment de l’art antique, avec un modelé indiquant déjà ( !) le désir de la recherche anatomique, et un mouvement qui, pour être forcé, n’en est pas moins